Jeunes et réseaux sociaux, vers l’interdiction ?

Mettre un sparadrap sur une jambe de bois, ça ne sert pas à grand-chose. Alors interdire à une partie de la jeunesse de surfer sur les réseaux, cela peut paraître être une bonne idée, mais nous connaissons à l’avance le résultat : une interdiction ne permettra pas d’atteindre l’objectif visé, surtout quand les VPN sont si faciles à installer !

Ce qu’il convient de faire, c’est bien plutôt de travailler en amont avec les enfants et les adolescents afin de leur expliquer pourquoi cet usage est néfaste, quels risques ils encourent et surtout comment ils peuvent améliorer leur usage, se protéger de toutes les dérives liées à l’exposition des écrans. La pédagogie est toujours positive.

L’interdiction fait porter la responsabilité aux plateformes, bien sûr, mais aussi aux familles qui, selon certains élus proches du gouvernement, vont devenir toxiques si elles ne parviennent pas à mettre en place cette interdiction. Drôle de paradoxe où les victimes deviennent coupables à leur tour. Il conviendrait de rechercher d’autres coupables. La régulation de la puissance publique doit bien davantage porter sur ceux-là même qui créent les addictions. A savoir, les lobbies du numérique. Car les applications sont conçues pour être addictives en raison même de leur modèle économique qui est le plus souvent basé sur le temps d’écran et le taux d’engagement des utilisateurs, à leur tour générateurs de revenus publicitaires. Il serait sans doute bien plus efficace de taxer très lourdement les réseaux comme TikTok ou Snapchat. Ou même d’appliquer plus strictement le Digital Services Act, par exemple, en obligeant les plateformes à détecter et empêcher que les enfants voient des contenus illicites ou nocifs. Mais pour cela, il faut avoir le courage politique de s’attaquer à ces géants de l’industrie numérique, et de s’attaquer à leur modèle économique.

En attendant, je rappelle un certain nombre d’évidences sur le travail pédagogique que nous, adultes, pouvons mener au sein de l’École. Misons sur l’accompagnement, la coéducation. Le dialogue est sans aucun doute l’une des meilleures armes dont nous disposons maintenant.