Catégorie : Presse

  • Daech, extrême droite, même combat

    Daech, extrême droite, même combat

    Le 16 janvier 2025 dans l’Humanité

    Alors que, dans le recueillement et la douleur, nous tentons depuis dix ans de surmonter les failles de nos sociétés et de répondre aux horreurs du terrorisme islamiste, le poison de la haine continue d’être distillé dans l’espace public par toutes celles et ceux qui ont intérêt à la fin de la concorde nationale.

    Ils sont nombreux à se cacher derrière un hypocrite amour du drapeau, une défense agressive des valeurs civilisationnelles et une définition tronquée de la laïcité. Les dernières provocations racistes sur les femmes voilées comme étendard de l’islamisme d’un ministre réactionnaire qui professe son dédain pour l’État de droit sont venues nous rappeler que, si les terroristes sont morts, leur projet politique reste bien vivant. Car, ne nous y trompons pas, il s’agit de nous diviser et de détruire la France.

    Quand, au milieu de la décennie précédente, Daech proclamait l’avènement de l’« État islamique », le califat proclamait aussi son ambition civilisationnelle : diviser le monde en opposant musulmans et non-musulmans, en particulier les Occidentaux. Tout ce qui pouvait contribuer à polariser les sociétés, à les rendre aussi intolérantes que possible pour les musulmans était bienvenu, car cela nourrissait la cause djihadiste, ici ou là-bas.

    Malheureusement, cette projection conflictuelle d’un monde à la Huntington, divisé en civilisations hostiles, a fait beaucoup d’émules en dehors des islamistes. La radicalisation est toujours l’effet recherché par les terroristes : détruire la zone grise, les hésitants, les modérés, les gens de bonne volonté. Forcer chaque citoyen à prendre parti, à choisir un camp : l’extrême droite et les mouvements identitaires ont très bien reçu le message islamiste. Une alliance objective s’est dessinée.

    Dans ses études, le Centre international pour le contre-terrorisme le confirme : la polarisation accompagne une radicalisation réciproque, où les identitaires nationalistes et islamistes se renforcent mutuellement, créant un climat propice à la violence. La polarisation de notre espace public, renforcée par un écosystème médiatique dysfonctionnel, contribue chaque jour à dresser des camps les uns contre les autres. Disons-le très franchement : les discours de haine et les lois qui stigmatisent les musulmans n’ont rien à voir avec la défense de la laïcité, rien à voir avec la lutte contre le terrorisme, rien à voir avec la recherche de la paix. Au contraire. Ils sont autant de victoires posthumes des assassins de Charlie. Autant de nouvelles cartouches dans les armes des djihadistes.

    Chez nous, le FN a capitalisé sur des thèmes tels que l’immigration et l’identité nationale, toujours en stigmatisant les populations musulmanes. Dans un renversement odieux, le RN, héritier direct de la collaboration et du régime qui a mis en place la discrimination des juifs avant de les livrer à l’occupant nazi, a même réussi à se racheter une virginité historique. Grâce à une amnésie générale, jusque dans ses rangs, le parti fondé par l’homme du « détail de l’histoire » se pose désormais en rempart contre l’antisémitisme. Hallucinant.

    Mais ce n’est que le dernier pavé sur la route de sa normalisation. Le discours du RN n’a plus rien d’exceptionnel ni même d’extrémiste, à l’heure où ses propositions de discrimination nationale se retrouvent dans une grande partie du spectre politique et de l’électorat.

    Certes, Daech est moribond, et, chaque année, des dizaines de complots djihadistes sont déjoués par le travail remarquable des services français et de leurs collègues européens. Cependant, si le califat a perdu contre la coalition internationale, la menace terroriste est toujours hautement probable, comme le rappellent les spécialistes. Mais le terreau de la terreur est toujours fertile, car le travail de sape des fondements de notre pacte républicain par la violence identitaire continue.

    Je veux le redire ici avec force et conviction : la stigmatisation des musulmans renforce les djihadistes. La seule réponse est dans le refus de la polarisation, la défense inconditionnelle du pacte républicain contre tous les identitaires et les radicalisés. La lutte contre la polarisation demande une vigilance et une implication au quotidien. Elle exige la même intransigeance face à l’antisémitisme que face au racisme dont sont victimes trop de nos compatriotes. Elle demande que nous fassions preuve de responsabilité collective et d’engagement citoyen pour renforcer la cohésion sociale, promouvoir le dialogue entre nous et combattre les discours qui veulent nous diviser à mort. Soyons forts : la guerre civile n’aura pas lieu !

  • Comment mettre l’IA au service de l’éducation ?

    Comment mettre l’IA au service de l’éducation ?

    Le 27 janvier 2025 dans Le Café pédagogique

    « Qu’on le déplore ou s’en réjouisse, l’IA fait désormais partie des outils de l’éducation. Il est donc urgent et vital de s’en saisir, de nous y éduquer et d’apprendre à en maîtriser le formidable potentiel comme les dangereuses dérives » écrit Rodrigo Arenas à l’occasion de la journée internationale de l’éducation consacrée à l’IA. Le député rappelle les enjeux de formation des enseignants, et la nécessité de « développer un esprit critique face aux algorithmes » des élèves. Il déclare :« cela suppose une gouvernance publique forte, une réflexion collective et une vigilance constante ».  

    « Produire leurs travaux écrits est devenu un casse-tête »

    Travail, transports, santé, information, création artistique… évidente ou discrète, l’intelligence artificielle est toujours plus présente dans notre univers quotidien. Pour des milliers d’enseignants, le recours immodéré et surtout maladroit de leurs élèves aux logiciels de langage pour produire leurs travaux écrits est devenu un casse-tête pédagogique récurrent. Néanmoins, l’usage des Chat-gpt et autres Dall-e ou Deepl offre aussi une précieuse assistance pour la recherche documentaire, la traduction de documents inédits, la génération de questionnaires ou la production d’images pédagogiques.

    Qu’on le déplore ou s’en réjouisse, l’IA fait désormais partie des outils de l’éducation. Il est donc urgent et vital de s’en saisir, de nous y éduquer et d’apprendre à en maîtriser le formidable potentiel comme les dangereuses dérives. Hélas, pour le moment, elle sert surtout à nourrir la tentation chez certains de remplacer l’humain par la machine. Le Ministère de l’Éducation nationale en montre même le mauvais exemple avec son « service numérique de remédiation », qui laisse l’inquiétante impression d’une expérimentation d’école sans profs. Confier l’éducation à des algorithmes purement pour réduire les coûts ou remplacer des enseignants relève d’une vision déshumanisée et dangereuse de l’école.

    « L’école doit former des esprits libres et éclairés »

    Il n’est donc pas superflu de rappeler que l’école est bien plus qu’un lieu de transmission des savoirs : c’est une fabrique de citoyenneté, un espace de justice sociale, une promesse d’émancipation. Ce n’est pas en noyant les élèves sous des contenus automatisés ou en réduisant les interactions humaines que nous les aiderons à grandir. En outre, certaines pratiques, comme l’évaluation par IA sans aucune prise en compte du contexte, ou l’usage de la surveillance algorithmique, ne font que renforcer la pression sur les élèves et les enseignants. Si la révolution technologique de l’IA devait se résumer à accentuer la taylorisation des enseignants ou la sélection entre les élèves qui savent s’en servir et ceux qui se retrouvent à son service, alors à quoi bon. Loin des dystopies et des fantasmes, l’IA nous offre l’opportunité unique de réinventer notre manière d’apprendre et de transmettre pour mieux répondre aux défis sociaux, humains et pédagogiques de notre époque.

    Faisons-en au contraire un levier d’apprentissage pour réduire les fractures et les inégalités des familles face aux savoirs. L’école doit former des esprits libres et éclairés, capables de comprendre et d’interroger le monde. Loin de se substituer à la pensée humaine, l’IA peut en devenir un formidable catalyseur. Imaginez une classe où des simulations interactives permettraient d’explorer l’histoire, de modéliser des phénomènes scientifiques complexes ou de débattre des grands enjeux contemporains, avec des outils enrichis par l’intelligence artificielle.

    « L’IA au service du bien commun »

    Mais pour intégrer l’IA à l’école il faut une éducation numérique sérieuse et partagée. Pour que chaque élève puisse apprendre à utiliser ces outils avec discernement, à comprendre leurs biais et leurs limites, à développer un esprit critique face aux algorithmes, il faut aussi former leurs enseignants. Former les citoyens, c’est aussi leur donner les clés pour ne pas devenir les simples consommateurs passifs des technologies de la soumission. Il ne s’agit pas de livrer nos écoles aux intérêts privés ou de transformer les élèves en données exploitables, mais bien de placer l’IA au service du bien commun. Cela suppose une gouvernance publique forte, une réflexion collective et une vigilance constante.

    Ni miracle ni menace, l’IA sera ce que nous en ferons : un outil d’expansion de notre humanité ou une nouvelle étape vers l’aliénation. Réaffirmons cette ambition : que l’IA devienne un levier pour construire une école plus juste, plus inclusive, plus émancipatrice. Ensemble, réinventons l’éducation, non pour servir les machines, mais pour mieux servir l’humain.

    Rodrigo Arenas

  • Plaidoyer pour une École du XXIème siècle

    Plaidoyer pour une École du XXIème siècle

    Il m’est paru nécessaire de republier cet entretien, car les phénomènes de destruction de l’école publique trouvent une nouvelle actualité à la suite de la politique éducative annoncée par le Premier ministre G. Attal et la nouvelle ministre de l’Éducation nationale, N. Belloubet.


    Le moment est-il venu de changer l’Ecole ? C’est le sentiment de Rodrigo Arénas, réélu (avec Carla Dugault) co-président de la FCPE le 10 octobre. Il publie , avec Edouard Gaudot et Nathalie Laville, deux anciens professeurs, un ouvrage (Dessine moi un avenir, Acte Sud) qui fait un bilan sévère de l’Ecole et appelle à inventer une nouvelle Ecole , baptisée par les auteurs Ecole-logis. Rêve libertaire ? Babacool ? Ou aggiornamento à la lumière des défis du 21ème siècle ? Dans cet entretien, Rodrigo Arenas justifie les choix et les critiques portés par l’ouvrage.

    “Implacable, impitoyable, cette crise a souligné résolument toutes les faiblesses et les dysfonctionnements de notre Éducation nationale. Malgré les assurances approximatives d’un ministre dépassé qui aura fait semblant tout au long de l’épisode, la “continuité pédagogique” n’a jamais été véritablement assurée. Livrés à eux-mêmes et aux éventuelles ressources familiales, les élèves ont, plus encore que sur les bancs de l’école, vu leur réussite directement conditionnée par leur environnement économique et social, leur éducation, leur milieu familial. Dans ce chaos…, on a surtout vu que l’école de la République est totalement inadaptée au monde dans lequel nous vivons. Totalement incapable de faire face. Dépassée par la marche du siècle… Réduite dans l’opinion publique à un rôle de garderie géante pour libérer la force de travail des parents au service de la machine économique. L’école, notre école, est hors-sol, comme notre agriculture, hors-sujet comme notre économie, hors-champ comme notre perspective politique. Le temps est venu de la repenser”.

    Dans cet ouvrage, vous parlez de “crise de la conscience scolaire” et vous dites que le modèle de l’école est dans l’impasse. Qu’est ce qui justifie cette affirmation ?

    J’ai voulu avec ce livre d’abord faire une revue de 11 années d’engagement comme parents d’élèves qui s’intéresse aux questions éducatives et acter qu’on est à un moment de rupture. L’Ecole ne correspond plus aux enjeux auxquels les enfants sont confrontés.

    Aujourd’hui le rôle de l’enseignement est profondément attaqué. Il y a à la fois une commercialisation de l’Ecole et une prolétarisation du métier enseignant qui bouleversent le socle de l’Ecole. Aujourd’hui il fait rendre leurs lettres de noblesse à l’Ecole et aux enseignants. L’Ecole est liée à la République et ses valeurs. Elle n’est pas là que pour apprendre le lire, écrire , compter. Elle doit donner des moyens aux enfants de pouvoir agir sur le monde.

    Le numérique bouleverse aussi l’Ecole. Il faudrait en faire l’apprentissage. Or l’Ecole n’en donne pas les bases et on fait des élèves des utilisateurs d’une technologie qu’on ne maitrise pas. Pendant le confinement on a vue les enseignants dépossédés de la forme artisanale de leur métier pour devenir des coachs d’applications et de logiciels. Au final le sectuer privé se nourrit des déficits de l’Education nationale.

    A propos de l’Ecole , vous dites qu’elle est dans “la maitrise des corps”. Vous parlez d’une “école prison”, d’une école patriotique qui “force le colonisé à adopter le point de vue du vainqueur”. N’est ce pas exagéré ?

    C’est mon expérience de parent d’élève. Un bon exemple est l’accès aux toilettes : en France on va aux toilettes quand le règlement l’autorise pas quand l’enfant en a besoin. On voit aussi la façon dont on gère les élèves qui ont manifesté contre les E3C. On voit les chefs d’établissement qui font entrer la police dans les établissements. Les classes sont toujours organisées comme l’écrivait Foucault : un enseignant qui surveille la classe et des règlements pas bienveillants avec les élèves. La cantine et des services qui ne permettent pas à l’enfant de manger de façon acceptable. L’école qui se met en dehors du droit commun. Les équipes de sécurité de la région Ile-de-France qui viennent dans les établissements avec des tonfas. Evidemment il y a des enseignants qui résistent à cela. C’est le système qui est en cause.

    Dans l’ouvrage, vous voulez “casser la structure de l’école” et vous proposez une “Ecole-logis”. De quoi s’agit-il ?

    C’est une école qui cherche le bonheur des enfants. Une école construite pour les plus fragiles. Une école avec des classes multiniveaux parce que ça marche. Une école qui sait sortir du cadre disciplinaire. Une école qui nourrit les enfants correctement : l’Ecole peut faire du bio une réalité partout. Une école qui apprend aux enfants à trouver des solutions par la collaboration et la solidarité.

    Parler d’école du bonheur n’est ce pas, du coup, ne pas traiter le principal problème de notre école : les inégalités sociales à l’école ?

    Les deux sont liés. L’Ecole n’a pas réussi cette mission d ‘égalité ni dans les faits ni culturellement. Un récent sondage de la FCPE montre que la question de la mixité sociale à l’école est dans les dernières préoccupations des parents. CE pays a intégré l’idée qu’on ne peut pas agir sur ce terrain. La majorité de s parents a intégré l’idée que l’Ecole fait ce qu’elle peut en ce domaine et que ce sui compte c’est le chacun pour soi.

    Pourquoi publier en ce moment ?

    Parce que l’Ecole est à la croisée des chemins. Car jamais les enjeux du développement durable ou des handicaps n’ont été aussi structurants. Qui peut dire que l’écologie n’est pas un enjeu central pour les générations futures ? Or l’Ecole n’y répond pas. Pareil pour le numérique. Si l’école n’y prépare pas alors ce sont les GAFAM qui vont l’emporter.

    Propos recueillis par François Jarraud – Café pédagogique, 13 octobre 2020

  • Pour un « lycée unique » au tronc commun élargi

    Pour un « lycée unique » au tronc commun élargi

    Tribune de Rodrigo Arenas parue dans l’humanité le 3 novembre 2023

    C’est devenu une lancinante litanie publique : notre école est malade. Derrière le triomphalisme malvenu des ministres, il y a l’implacable bilan d’un recul général, y compris dans les classements internationaux. Mises à nu par la crise sanitaire, les faiblesses de notre éducation nationale exigent des réponses à la hauteur des urgences.

    Ce que les études et les experts nous disaient déjà régulièrement depuis des décennies, un virus disruptif nous l’a hurlé haut et fort : la méritocratie républicaine est un mythe. Reposant sur l’illusion de l’égalité des chances, et validée en apparence par quelques exceptions célèbres, elle n’est en fait qu’une formidable machine à broyer les destins pour produire de la distinction – entre bons et mauvais élèves, entre citoyens inclus et citoyens exclus, entre ceux qui ont les codes culturels dominants et ceux qui ne peuvent même pas y avoir accès. Il est désormais urgent de repenser l’ensemble du système scolaire pour qu’il tourne le dos définitivement à l’exclusion. Avec ce lycée pour toutes et tous et non pour quelques uns, il s’agit de renouer les fils du tissu social rompus par la sélectivité d’un modèle élitiste. Il repose sur quatre mesures reliées entre elles.

    La première est celle d’un allongement de l’obligation scolaire jusqu’à la majorité légale de 18 ans, pour
    élever le niveau général de notre jeunesse et s’assurer que tous les jeunes, quels qu’ils soient, bénéficient d’une formation générale et professionnelle. Cela permettra ainsi de réinsérer dans le parcours scolaire les cabossés de la sélection, toutes celles et ceux qui se sont retrouvés, un jour, écartés par un modèle conçu comme une pyramide, dont les scientifiques des « grandes écoles » forment la pointe et les laissés-pourcompte de l’alternance professionnelle la base.

    Deuxième mesure : dans ce lycée unique, tous les élèves suivront un nouveau tronc commun élargi, combinant à parts égales et avec la même « valeur » les disciplines académiques traditionnelles et
    les savoirs interdisciplinaires articulés sur les pratiques sociales et professionnelles. Cet équilibre est fondamental pour combattre l’obsession très française du tri sélectif et de la hiérarchie des filières.

    Bien entendu, et c’est la troisième mesure, ce tronc commun devra être complété par une spécialisation. Qu’elle soit académique ou technique, elle permettra aux élèves de se construire un profil personnel articulé à une maîtrise de savoirs généraux partagés.

    Enfin, la dernière mesure, consiste à faire du baccalauréat la condition commune et unique d’entrée dans l’enseignement supérieur, que ce soit dans les filières universitaires, techniques ou professionnelles. Mais c’est un bac radicalement repensé, débarrassé d’un contrôle continu inefficace et angoissant et des calculs stratégiques de bachotage en fonction des coefficients, organisé en unités de valeur correspondant pour moitié au tronc commun et pour l’autre aux spécialités, qui devront toutes être validées. Il s’agit de renverser le modèle d’excellence à la française: celui d’une pyramide scolaire cautionnant la pyramide sociale. Il s’agit de permettre aux étudiants des filières professionnelles de ne plus subir la discrimination au diplôme dans leur embauche et leur évolution de carrière. En intégrant les parcours professionnels dans un « lycée unique », on éduque aussi la société et le monde du travail, des employeurs et des ressources humaines, à dépasser les représentations simplistes qui distinguent les « métiers manuels » des « métiers intellectuels », affectent et classent les individus en fonction de la valeur supposée de leurs diplômes.

    On aura reconnu dans cette perspective de lycée pour toutes et tous la combinaison des qualités de deux systèmes éducatifs de nos voisins de l’Union européenne. Au système allemand, il s’agit d’emprunter sa capacité à valoriser l’enseignement technique et professionnel, ce qui est d’autant plus nécessaire face aux enjeux industriels des transitions numériques et écologiques. Au système finlandais, qui domine les classements de l’OCDE, il s’agit d’emprunter une vision de l’éducation où l’attention à la construction du collectif s’articule au souci d’accompagner au mieux chaque élève dans son itinéraire, et où la fluidité des parcours lève les obstacles actuels aux réorientations et bifurcations inévitables pour des jeunes en construction

  • Harcèlement scolaire : l’école à coup d’électrochoc

    Harcèlement scolaire : l’école à coup d’électrochoc

    TRIBUNE

    Electrochoc : « Méthode qui consiste à provoquer des convulsions épileptiques par le passage bref de courant à travers le cerveau ». Serait-ce la nouvelle politique choisie par le gouvernement pour répondre au harcèlement scolaire ?

    Entendons-nous bien : les propos tenus par cet adolescent harceleur arrêté à Alfortville sont d’une violence inacceptable et intolérable. Mais le choix d’arrêter ce jeune en plein cours questionne…

    De l’aveu même du ministre de l’Education, qui soutenait pourtant en 2019 l’interdiction des violences éducatives, en faisant intervenir les forces de police et en menottant un jeune mineur en plein cours, il s’agissait de provoquer un « électrochoc », soi-disant salvateur.

    Ce choix, d’une incroyable violence, est en pleine contradiction avec la convention des droits de l’enfant par laquelle ses signataires s’engagent à protéger l’enfant de toute forme de violence.

    Rappelons-le, les spécialistes sont unanimes, à l’instar de l’auteur Olivier Maurel : pour poser des limites, la violence n’est pas une solution. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles la peine de mort a été abolie il y a presque quarante ans aujourd’hui. C’est aussi pour cela que les futurs époux, avant le consentement, s’engagent à n’exercer aucun violence, ni physique ni psychologique, sur leurs enfants.

    Ainsi, croire, ou faire croire, que la question du harcèlement sera réglée à coups « d’électrochocs » est une farce macabre.

    Ces violences devenues ordinaires au sein des établissements scolaires ne seront pas réglées par l’exercice de la force, même symbolique. Penser que cet adolescent homophobe et violent changera d’opinion et de comportement parce que la police l’a arrêté en plein cours est une naïve illusion. Seule une action pédagogique le fera, peut-être, changer. La peine qu’il subira devra l’aider à accomplir ce changement personnel, ce travail sur lui-même. Mais ce ne sera pas suffisant. C’est le dressage qui repose sur la violence, l’éducation au contraire est pacifique, elle fait appel à l’intelligence, sur le temps long. C’est la raison pour laquelle il paraît urgent de mettre en place des cours de philosophie et de droit dès le plus jeune âge, pour « éduquer », et non pas « mater la jeunesse ».

    Car c’est bien de cela dont il s’agit : mettre au pas ces jeunes. Les gouvernements d’Emmanuel Macron n’ont eu de cesse, depuis cinq ans, de discipliner cette jeunesse qui, souvent, lui est hostile. En les humiliant, à genoux lors d’une interpellation à Mantes-la-Jolie. En les mortifiant, avec des pompes sur gravier lors d’un stage SNU. En les effrayant, par des gardes à vue lors des manifestations contre les retraites. En les angoissant, avec le spectacle d’une arrestation musclée en pleine classe. 

    Nous ne pouvons pas être des témoins passifs de cette mise au pas de la jeunesse, typique des régimes autoritaires. Nous ne pouvons pas laisser nos jeunes avoir peur de leurs aînés, avoir peur d’exprimer leurs idées, subir des violences pour leurs engagements. 

    Sanctionner et punir est parfois nécessaire, notamment quand la loi l’exige. En l’occurrence, les faits sont graves et méritent sanction. Mais cela doit toujours se faire dans le respect des personnes. Les mineurs ont des droits. Notamment celui d’être protégés de toute violence, y compris quand eux-mêmes sont auteurs de violences. 

    Rodrigo Arenas, député de Paris

  • En finir avec l’école à trois vitesses : plus un euro pour le privé !

    En finir avec l’école à trois vitesses : plus un euro pour le privé !

    Pour Rodrigo Arenas, député membre de la commission éducation et ancien président de la FCPE, le gouvernement nourrit le concurrent principal de l’école public, l’enseignement privé. Selon lui, le « séparatisme social et scolaire n’est pas un accident. C’est une politique délibérée, inscrite dans la vision macroniste d’une société de la concurrence. Après tout, business is business, n’est-ce pas ?« . Il signe cette tribune pour le Café pédagogique.

    La dynamique est nette.

    Alors que le public affiche une stagnation, les formations et écoles privées poursuivent une progression constante depuis une décennie : +77% entre 1998 et 2018, et encore +10% pour 2021-2022. Intégrés en outre aux vœux de Parcoursup, grâce à la réforme Blanquer, aujourd’hui, ses établissements accueillent 25% des effectifs étudiants, et les offres de formation se multiplient et se diversifient pour répondre à une demande multiforme et en croissance constante.

    Profitant des flous de la législation et d’un accès facilité au juteux contrats de formations, ce marché génère déjà 4,5 milliards d’euros. Lucratif et hautement concurrentiel, il draine une clientèle traditionnelle élevée dans les codes de l’excellence, comme les étudiants d’école de commerce ou d’ingénieurs. Et de plus en plus, des familles plus ou moins aisées à qui l’offre publique n’inspire plus assez de confiance et semble surtout rimer avec défaillances, engorgements et difficultés d’insertion sur le marché du travail.

    Ce phénomène se retrouve à tous les âges de l’éducation en France. L’explosion du privé est spectaculaire. Le privé sous-contrat regroupait à la rentrée 2022 plus de 2 millions d’élèves, soit 17,6 % des effectifs scolarisés, dans un peu plus de 7 500 établissements. Le hors-contrat est en progression constante dans le premier degré. Avec actuellement 6,2 % des élèves inscrits dans le privé, ses effectifs ont presque triplé en 10 ans et enregistrent une hausse de 11,8% sur l’année dernière.

    Certes cette accélération est aussi circonstancielle, liée à la crise sanitaire dont les dérèglements massifs ont souligné le besoin d’un encadrement plus étroit et plus proche des familles. Mais la tendance lourde est structurelle. C’est celle d’une fragmentation croissante de l’école publique républicaine entre trois grandes catégories. Sevrée de moyens par des pouvoirs public plus attentifs à la rigueur budgétaire qu’aux investissements d’avenir ou aux conditions d’études, l’école publique craque de partout, du bâti délabré à la crise des recrutements.

    Ce n’est plus une éducation à deux mais trois vitesses.

    Publiés comme un marronnier de magazine, les classements entre les établissements participent de cette pression sur les familles. Face à l’incapacité croissante du service public à tenir la promesse républicaine d’une éducation méritocratique, les familles qui en ont les moyens reportent leurs espoirs d’émancipation vers le privé. Et les plus aisées font les choix du hors-contrat, et des pédagogies alternatives et innovantes, garantes d’un épanouissement de la créativité et de l’autonomie – autant de valeurs personnelles mais aussi professionnelles. Les plus modestes, restent eux prisonniers de leur école publique délaissée. Résultat, on ne dénombre que 9 établissements publics sur les 100 meilleurs collèges en France. Et la concentration des élèves plus favorisés dans le privé est en forte augmentation, avec même une accélération depuis 2020 d’après les chiffres du ministère (DEPP).

    Ce séparatisme social et scolaire n’est pas un accident. C’est une politique délibérée, inscrite dans la vision macroniste d’une société de la concurrence. Après tout, business is business, n’est-ce pas ? Depuis 2017 sans discontinuer, les choix gouvernementaux orientent les flux d’argent public vers l’enseignement privé – sournoisement, en outre, comme la réforme pour rendre obligatoire la scolarité dès l’âge de 3 ans qui avait en fait élargi aux écoles privées le financement par les collectivités.

    Alors le temps n’est plus aux demi-mesures. Il est urgent d’enrayer cette dynamique de rupture de l’égalité républicaine. Les trois-quarts des financements du privé proviennent du public, Etat et collectivités.

    La solution est simple : plus un euro pour le privé. Les fonds publics doivent aller à l’école publique. Comme les libéraux aiment le répéter pour justifier leurs politiques antisociales : « il n’y a pas d’alternative ».

  • Rodrigo Arenas propose de rendre l’école entièrement gratuite de la maternelle à la fac

    Rodrigo Arenas propose de rendre l’école entièrement gratuite de la maternelle à la fac

    Rodrigo Arenas, ex-coprésident de la FCPE, propose de rendre l’école entièrement gratuite de la maternelle à la fac et notamment les fournitures, transports, sorties et donc cantines.

    Faut-il rendre les cantines scolaires entièrement gratuites ? La proposition avait déjà été faite par la France insoumise et le débat ressurgit avec une pétition lancée par Rodrigo Arenas, l’ex-coprésident de la FCPE, principale fédération de parents d’élèves.

    Il propose de rendre l’école entièrement gratuite. Une proposition qui intervient au lendemain de cet épisode près de Bordeaux où un élève a été renvoyé de son école et raccompagné par un policier municipal parce que sa mère n’avait pas payé les frais de cantine scolaire.

    « Le drame dans cette histoire ce n’est pas vraiment le problème des adultes, c’est plutôt qu’un enfant ait été renvoyé chez lui pour des impayés de sa famille, en l’occurrence de sa maman. Il a été raccompagné par un policier donc c’est un traumatisme pour n’importe quel enfant et ce n’est pas acceptable en 2021 en France », explique Rodrigo Arenas ce mardi matin sur RMC.

    Mais selon lui, il ne faut pas s’arrêter à la question de la gratuité des cantines : « Il faut qu’on sorte de cette espèce de charité républicaine dans laquelle en fonction de la famille dans laquelle on est né, ou lieu dans lequel on vit, le prix de la scolarité varie en fonction des désidératas de la majorité en place. Ce n’est plus possible d’agir ainsi et d’ailleurs, c’est contre-productif quand on avance le fait que c’est pour les enfants les plus pauvres. En fait, c’est faux. En France, 40% des enfants qui sont issus des familles les plus modestes ne vont pas à la cantine scolaire », détaille-t-il.

    Dans les filières générales mais aussi professionnelles, il souhaite totalement changer de système et passer à la gratuité totale : « Par exemple, on sait que la cantine est un moment pédagogique, on ne fait pas que manger. Les fournitures scolaires sont nécessaires pour avoir une bonne tenue parce qu’on pense souvent aux filières générales, mais trop peu aux filières professionnelles. Par exemple, ces élèves qui sont en lycée pro et qui doivent s’acheter des vêtements ou des couteaux en BEP cuisine, ou ceux qui doivent acheter des caisses d’outils pour ceux qui étudient dans le bâtiment. Et tout ça, c’est un coût pour les familles et ça pose un problème d’orientation pour les enfants », précise-t-il.

    Rodrigo Arenas prend notamment l’exemple de la Finlande en haut des classements internationaux sur l’éducation.

  • Tribune : École publique et hôpital public, même combat

    Tribune : École publique et hôpital public, même combat

    Rodrigo Arenas ex-président de la FCPE et maintenant député de Paris, et Sabrina Ali Benali, médecin urgentiste, tous deux membres de l’Union populaire, dénoncent une « course à la compétitivité » à l’hôpital et à l’école. Un « démantèlement » de ces services publics amené selon eux à s’accélérer sous le second quinquennat d’Emmanuel Macron

    Tribune publiée dans le JDD le 19 mars 2022

    L’excellence de nos écoles et hôpitaux publics va-t-elle survivre à Emmanuel Macron ? À la fin de ce quinquennat, ces deux piliers du service public sont en grande difficulté et souffrent des mêmes maux : fermeture des établissements les moins rentables, difficultés à recruter, ressources d’investissement en baisse, personnels surmenés, impossibilité de mener à bien leurs missions… 

    Aussi, lorsque des femmes sont obligées d’accoucher sur la route, car les maternités ont fermé dans leur département (comme dans le Lot où il n’y a plus qu’une maternité à Cahors), lorsque des enfants de moins de 10 ans sont obligés de parcourir en moyenne 9,5 km, car leur école de proximité a fermé, on est en droit de se poser une question : comment et pourquoi ces services publics de proximité, indispensables au bon déroulement de la vie de nos concitoyennes et de nos concitoyens, sont-ils en voie accélérée de dysfonctionnement ? 

    L’école comme l’hôpital sont désormais inscrits dans une course à la compétitivité et doivent répondre à un impératif : obtenir le maximum de résultats tout en baissant la dépense publique… Une injonction contradictoire qui donne lieu à d’importantes dérives. À l’hôpital, les pansements sont désormais contingentés, les meilleures et plus coûteuses molécules sont réservées aux patients dont les pronostics sont les meilleurs…

    À l’école, des classes sont fermées, les collèges voient leurs dotations horaires globales chuter alors même que nos enfants ont été très impactés par la crise sanitaire et ont besoin de davantage d’attention, de renforcement de leurs apprentissages grâce à une réduction des effectifs dans les classes ! 

    Cette politique volontariste du désengagement progressif l’État permet l’ouverture des missions de la puissance publique aux intérêts privés. Ainsi, quand le gouvernement fait le choix de ne pas remplacer les enseignants absents ou de réduire le volume d’heures dispensées dans les collèges, les élèves se reportent davantage sur des cours de soutien privés, particulièrement onéreux, pour « rattraper » les apprentissages qu’ils n’auront pu réaliser. Il en va de même dans l’enseignement supérieur où les jeunes refusés à l’entrée des formations publiques de BTS trop peu nombreuses poursuivent leurs études dans des formations privées trompeuses (non qualifiantes et excessivement onéreuses). À l’hôpital, même constat où l’aggravation des conditions de travail conduit le personnel médical à exercer dans des hôpitaux privés plus attractifs et où les patients les plus nantis finissent par opter pour des cliniques privées pour recevoir des soins plus rapidement, dans de meilleures conditions d’accueil…

    Les missions du service public qui servent l’intérêt général renforcent la République. Le déclin du service public se traduit d’ores et déjà par un affaiblissement de l’autorité de l’État et par un abandon des populations les plus fragiles, voire des classes moyennes, qui auront de moins en moins facilement accès à des services de qualité. Ce désinvestissement n’est pas le fruit du hasard ; en effet, en privatisant, ou en commercialisant, les services de l’État, le gouvernement permet à des intérêts privés de se réserver les missions les plus rémunératrices et de laisser au public les moins rentables. Ce démantèlement des services publics pourrait d’ailleurs s’accélérer si l’on en croit Emmanuel Macron qui s’est dernièrement exprimé sur son souhait de rendre les universités payantes ! 

    Aujourd’hui, il est encore temps de légiférer dans le cadre d’un débat démocratique pour sauver le service public et, au-delà, le renforcer avec une école et un hôpital totalement gratuits tout en prodiguant des services d’excellence. Pour toutes et tous et pas seulement pour quelques-uns ou quelques-unes.