Comme nos enfants, nous avons appris du confinement. Nous avons appris que pour se protéger de l’épidémie, la solidarité devait l’emporter sur la méfiance généralisée et que les outils numériques pouvaient aussi créer de véritables liens. Nous avons applaudi l’impérieuse nécessité du service public et de l’intérêt général.Quelle que soit la date de reprise scolaire, le 11 mai ou plus tard, il faudra un plan massif d’investissement, des solidarités, et de l’imagination. Quel que soit le scénario post-Covid, un New Deal pour vivre mieux à l’école est incontournable pour la relance du pays.
L’école est avant tout un lieu d’instruction et de formation mais ces dernières années l’éducation a été gérée avant tout comme un coût à réduire, comme la santé, comme les services publics. Or, l’école n’est pas un coût mais un investissement et un véritable acteur économique. Encore faut-il que le plan de sortie de crise intègre la commande publique en actant la nécessité de faire autrement. Dans l’Ecole d’après, il ne suffira plus de s’indigner de l’insuffisance de point d’eau pour se laver les mains ou que les toilettes soient des zones de non droit. Pour notre survie, il faut doter notre pays d’un plan national pour le bâti scolaire qui permette d’adapter les locaux aux nouvelles condition sanitaires comme climatiques. Un collège, c’est 23 millions d’euros au bas mots, mis bout à bout, ces millions sont un véritable levier pour l’économie de notre pays et pour mettre à niveau les établissements.
La « continuité pédagogique » mise en place auprès des élèves a montré ses faiblesses. Difficultés à adapter la pédagogie à l’enseignement à distance. Difficulté à surmonter les problèmes d’équipements informatiques et à protéger les données personnelles des élèves et des enseignants. L’école ne doit pas être un « business », elle peut organiser l’indépendance vis à vis des GAFA. Notre pays peut se doter de serveurs et cesser de faire appel à ceux d’Amazon ou d’autre acteurs du numérique libres d’appliquer les consignes de la CNIL ou des lois type ADOPI très aisément. Des serveurs en France encadrés par la puissance publique seraient la meilleure garantie d’en contrôler l’efficacité mais aussi de protéger la démocratie. Notre responsabilité est engagée quand les machines utilisées placent notre pays dans la dépendance et nous invite à consommer sans respecter le droit du travail européen à l’autre bout de la planète.
Ces dépendances et interdépendances se manifestent jusque dans les assiettes des élèves. L’Ecole ce sont près de 6 millions d’enfants qui mangent à la cantine chaque jour. C’est environ 1 milliard de repas par an, 1 milliard de bonnes raisons pour accélérer le passage de la filière agricole française de l’agro-industrie à une agriculture paysanne locale et bio, respectueuse de la santé des sols, des consommateurs et des producteurs – ainsi que de leur santé économique. En définitive, la masse de repas que représente la cantine scolaire est un véritable levier pour permette la transformation et la relocalisation de notre modèle de production alimentaire qui néglige le respect du vivant et la qualité.
En effet prendre soin du corps est devenu un impératif civilisationnel au moment où les situations d’incuries sanitaires et sociales se sont révélées au grand public. C’est pourquoi l’Ecole doit devenir une zone de médecine prioritaire, avec la présence de médecins en nombre suffisant, des psychologues partout où le besoin s’en fait sentir, des infirmières indispensables pour le quotidien des élèves. Faire entrer la médecine préventive dans l’Ecole, ce sont à terme des dépenses sociales qu’on peut éviter en faisant par exemple baisser la consommation d’antidépresseurs par nos concitoyens, même parfois dès l’adolescence.
Cette école qui panse est indispensable, d’autant plus qu’elle représente aussi plus d’1 million d’emplois direct, des femmes et des hommes tout entier.e.s consacré.e.s à prendre soin de nos enfants. C’est beaucoup. Mais ce devrait être encore plus. Se contenter de maintenir juste à flot ce niveau d’embauche, c’est faire le pari que la vocation s’accommodera des burn-out, de la souffrance au travail en pariant cyniquement sur la baisse des courbes démographiques. Au contraire, nous avons l’opportunité de lancer un grand plan de recrutement pour en finir avec les absences non remplacées et la solitude de l’enseignant devant sa classe. Et pourquoi pas dans l’immédiat ? Et Parce que la crise actuelle le réclame, il n’y a aucun obstacle à imaginer que l’État embauche tout de suite et massivement des étudiants qui viendraient seconder les enseignants, sous leur autorité, dans leur classe, dans une période où les enfants vont devoir être le centre de toutes les attentions. Ou encore organise dès à présent des classes vertes, de mer et de montagne avec des personnels formés pour sortir les enfants les plus en difficulté de leur quotidien.
Définitivement, nous avons la responsabilité de nous réinventer pour affronter le monde de demain. Le 11 mai pourrait être le début d’une nouvelle aventure.
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