Rodrigo Arenas, ancien président de la FCPE, député LFI/Nupes de Paris fait des propositions pour sortir l’Éducation nationale de sa crise de recrutement.

Insolite, l’image avait choqué. Anticipant un grave déficit d’enseignants à la rentrée prochaine, l’académie de Versailles organisait début juin une grande action de job-dating pour recruter des professeurs. CV, motivation, entretien, une affaire réglée en 30 minutes. Le temps de livraison d’une pizza. À la même période, les chiffres d’admissibilité aux concours de l’enseignement tombaient, soulignant, encore une fois, l’aggravation du déficit chronique de candidats considérés comme suffisamment qualifiés pour rejoindre les rangs de l’Éducation nationale.

Schizophrénie totale. D’un côté l’impasse d’un système de recrutement entièrement fondé sur l’érudition académique dans un concours très sélectif sanctionnant trois à quatre années d’études difficiles, voire plus. De l’autre, une désinvolture pragmatique qui remet en question les sacrifices, le statut et le professionnalisme des enseignants. Car sous le prétexte de « rechercher des profils originaux », l’objectif reste avant tout de combler les manques d’effectifs par des personnels précaires et non-formés. C’est une taylorisation du métier et un affaiblissement du service public.

Comme une petite gifle institutionnelle à des personnels enseignants déjà malmenés par leur ministère et plusieurs décennies de dégradation de l’Éducation nationale. Car derrière les chiffres inquiétants des déficits de vocation, il y a aussi ces phénomènes muets, plus difficiles à mesurer. Le mépris social pour des « fonctionnaires » privilégiés d’avoir un emploi sécurisé dans une économie incertaine menacée par le chômage. Les rémunérations disproportionnellement basses pour la hauteur de la mission qui leur incombe.

Crise du métier, crise de sens

Cette crise du métier dépasse les seules conditions de travail et des misérables salaires de la sueur consentis par une République qui pourtant doit son existence et sa légitimité politiques à son école. Elle traduit une profonde crise de sens, dont nous souffrons tous, collectivement, élèves, enseignants, parents et société.

Contrairement aux solutions simplistes des nostalgiques du tableau noir ou aux projets cyniques de privatisation, il n’y a pas de remède miracle pour attirer et fidéliser des enseignants compétents et motivés. Au-delà de la seule rémunération, et des conditions de travail, comptent aussi le prestige et l’accessibilité de la formation, les perspectives d’évolution ou encore la reconnaissance sociale.

Le chantier de la transformation de notre école sera complexe et long. Alors saisissons-nous de cette faillite des recrutements pour entamer une réforme au long cours. Je propose ainsi la mise en œuvre d’un « grand plan de recrutement » pour les cinq prochaines années, articulé sur la transformation de la formation initiale des enseignants.

Il s’agit de créer une nouvelle filière aussi attractive que les filières d’excellence qui elles ne connaissent pas la crise. En outre, il est devenu urgent que le corps enseignant soit aussi divers que les publics auxquels il s’adresse. Moins d’un cinquième des candidats proviennent des catégories populaires. Le recrutement doit aussi assurer la mixité des parcours de vie.

Il doit donc commencer dès la première année d’études universitaires. Les futurs enseignants seront ainsi accueillis dans une filière universitaire dès l’obtention de leur bac, dans un cursus rémunéré, combinant plusieurs disciplines académiques et des études pédagogiques. Cette formation permettra une voie d’accès directe à la profession, parallèle aux concours, en contrepartie d’une obligation de service.

Dans cette filière, les étudiants seront accompagnés sur toute la durée de leur cursus, par des enseignants chevronnés et des pédagogues. La multiplication des stages pratiques pendant la durée des études permettra en outre une acclimatation progressive des futurs enseignants aux exigences pédagogiques du terrain et aux réalités du métier. En outre, on veillera à assurer à chaque étape des passerelles de validation des acquis pour accueillir les nouvelles vocations.

Les chefs d’établissement doivent-ils pouvoir choisir leurs enseignants ?

Enfin, ce plan de recrutement doit aussi s’accompagner de la mise en place d’une vraie gestion des carrières au sein de l’Éducation nationale, plus grand employeur de France. Il s’agit d’offrir aux professeurs des voies d’évolution professionnelle plus diverses et attractives, pour qu’ils se sentent libres d’expérimenter, de découvrir ou de se former en dehors de l’Éducation nationale, et revenir enseigner avec une motivation renouvelée et un parcours de vie enrichi.

Redonner le goût de l’école aux enseignants c’est le redonner aussi aux enfants et à leurs parents, et redresser la colonne vertébrale de la République.

Share This

Share This

Share this post with your friends!