Cette rentrée devait permettre de renouer avec la normalité pour les millions d’élèves de notre pays : retrouver leurs professeurs et camarades, reprendre leurs cours et poursuivre leurs apprentissages, renouer avec une vie autonome de leurs familles, chacun reprenant le cours de sa vie, les un.e.s redécouvrant les bancs de l’école, les autres le chemin du travail.

Seulement voilà : la pandémie aura à peine reculé durant cette période de confinement, le coronavirus s’installe dans l’Hexagone. Et nous ne sommes pas comme la plupart de nos voisins européens, nous avons un nombre de personnes en réanimation très important qui ne nous permet pas de risquer maintenant une 2e vague. Ni l’Allemagne (mieux équipée) ni le Danemark (moins touché) ne peuvent être des modèles ! Les inconnues demeurent nombreuses : le virus est-il sensible au changement de saison, les contaminés sont-ils immunisés et pour quelle durée, les asymptomatiques sont-ils si contaminants, les masques sont-ils indispensables, les surfaces inertes contaminées sont-elles très à risque… À cela, s’ajoutent des réalités différentes selon que les régions sont rurales ou plus urbaines, voire densément urbanisées, touchées sévèrement ou pas par la pandémie…

On le voit bien, toutes ces difficultés peinent à être résolues et empêchent une mise en place d’un cadre national pour permettre une rentrée scolaire sereine et, surtout, pour que l’ensemble des objectifs énumérés plus haut soient atteints. Il va donc falloir choisir.

A l’évidence, ce qui est au cœur de l’Education nationale, à savoir transmettre un savoir académique contraint dans un programme scolaire construit pour tous les élèves d’une même classe d’âge sur l’ensemble du territoire ne pourra être atteint. Au mieux, les enseignants pourront travailler à consolider les acquis, soit en présenciel soit en distanciel.

Reste la nécessité pour les élèves de renouer avec ce qui est tout aussi consubstantiel de l’école, la socialisation et tout ce qu’elle implique. Toutes et tous ont besoin de sortir de la sphère familiale pour échanger entre pairs, avec des adultes (enseignants, surveillants, assistants sociaux, infirmiers, psychologues…) pour confronter leurs expériences, se rassurer, s’amuser, s’enrichir des autres.

Quant aux parents, ils ont pour beaucoup eux aussi besoin de cette socialisation que permet le travail ou, à tout le moins, de retrouver des niveaux de revenus qui leur permettent de vivre plus décemment.

Aussi, lorsque l’on voit les mesures à appliquer pour que les enfants et les personnels éducatifs puissent retrouver le chemin de l’école en toute sécurité, on ne peut conclure qu’à l’impossibilité de la chose. D’ailleurs, le gouvernement lui même a fait ce constat puisqu’il invente la notion de volontariat pour les parents, qui choisiront ou pas de mettre leurs enfants à l’école. Quoiqu’il en soit, même s’ils optent pour un retour à l’école, celui-ce ne se fera au mieux qu’à mi-temps.

Si la FCPE travaille sur le terrain à rendre possible cette rentrée, en s’efforçant de participer aux concertations établissement par établissement pour sa mise en œuvre et en étant elle aussi force de propositions, nos parents ne peuvent qu’être insatisfaits des solutions proposées. C’est pourquoi il nous semble important de redéfinir l’objectif de cette rentrée pour que les réponses soient mieux adaptées. La rentrée, oui, mais pour quoi faire ?

Ce que nous voulons tout d’abord c’est que les enfants, et en particulier les plus fragiles, puissent renouer avec leur vie sociale. Toutes les raisons se valent, mais elles n’appellent pas toutes les mêmes réponses. Cela pourrait donc se faire de plusieurs façons, en fonction des besoins que les équipes pédagogiques devraient établir avec chaque famille :

  • – Les élèves les plus éloignés du process d’enseignement à distance, pour quelque motif que ce soit (absence de matériel, manque d’accompagnement tant psychologique que scolaire…), ont besoin de renouer d’urgence avec un cadre qui leur apporte ce soutien dans un environnement différent. La « reconstruction » scolaire et/ou psychologique pourrait passer par l’organisation de séjours scolaires en dehors de leurs établissements dès le mois de mai, construits sur le modèle des classes vertes.
  • – Les élèves qui ne peuvent être gardés par leurs parents obligés de retourner au travail pourront être accueillis dans les établissements scolaires sur le modèle de ce qui a été mis en place durant le confinement pour les enfants des personnels soignants et ceux étant dans l’obligation de travailler. Cela implique de renforcer les équipes encadrantes (enseignants, Atsem, surveillants, médecins…) et de veiller à l’application des gestes barrière.
  • – L’ensemble des autres élèves, qui ont réussi à garder le lien avec la vie scolaire, qui ne sont pas confrontés à de réelles difficultés d’apprentissage à distance, mais qui ont néanmoins le besoin et l’envie d’échanger avec leurs camarades et leurs enseignants, pourront les retrouver dans leur école, collège ou lycée au moins une fois avant les vacances (une organisation par roulement dans les établissements devra être organisée pour éviter une trop grande promiscuité).

Il faut par ailleurs tout mettre en œuvre pour que les enfants qui seront quotidiennement ou ponctuellement accueillis le soit dans de bonnes conditions.

Rodrigo Arenas, co-président de la FCPE. 

Share This

Share This

Share this post with your friends!