ENTRETIEN CROISÉ RÉALISÉ PAR ANNA MUSSO – L’HUMANITE – SEPTEMBRE 2021

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Comment appréhendez-vous cette rentrée scolaire du point de vue sanitaire ?

RODRIGO ARENAS Nous nous posons des questions sur cette nouvelle rentrée sous Covid, notam- ment parce qu’il apparaît que nous demandons à nos enfants de protéger les adultes alors même que c’est l’inverse qui doit être mis en œuvre. Ce sont d’abord les adultes, en particulier les plus vulnérables, qui doivent tout mettre en œuvre pour se protéger : il faut qu’ils se fassent vacciner. Quant à la campagne intense de vaccination qui est menée auprès des jeunes, nous restons vigilants. Nous ne voulons pas de dis- criminations entre les vaccinés et les non- vaccinés, nous ne voulons pas non plus que les parents soient dessaisis de leur autorité parentale en ce qui concerne la décision de la vaccination. Si la situation sanitaire reste préoccupante, elle l’est d’autant plus qu’à notre avis l’école n’a pas été au cœur des préoccupations de l’exécutif, qui a « géré » sans investir.

Selon vous, les mesures du gouvernement sont- elles suffisantes et claires ?

RODRIGO ARENAS Non, il subsiste de nombreuses zones d’ombre, notamment en ce qui concerne le passage d’une « zone » à l’autre. Au-delà de cette question « technique », nous sommes inquiets de l’absence d’investissement du gou- vernement. Le « quoi qu’il en coûte » n’aura pas concerné l’école. Pas de véritable plan d’em- bauche d’enseignants pour assurer les rempla- cements ou organiser la réduction des effectifs des classes, pas d’argent, ou si peu, pouraider les collectivités à s’équiper en capteurs de CO2 ou en purificateurs d’air ou encore pour rénover les sanitaires… Le « choc d’investissement » pour l’école n’a pas eu lieu.

Le virus risque-t-il de se diffuser via les écoles ? Quelles mesures permettraient-elles de lutter efficacement contre sa propagation et de rassurer les parents et l’équipe éducative ?

RODRIGO ARENAS Le variant risque de se diffuser à l’école, comme ailleurs dans la société. Le vaccin n’est pas un passe immunitaire, car s’il réduit les risques de contamination, il ne les supprime pas. Alors, entre les élèves non vac- cinés et ceux qui seront tout de même conta- minés, l’école sera évidemment un lieu où le virus circulera. La question est donc de savoir ce que l’on met en place pour limiter les conta- minations. On demande aux enfants de porter des masques, mais pour être efficaces, ils doivent être changés toutes les quatre heures : nous préconisons donc la gratuité des masques pour les jeunes afin qu’ils puissent utiliser des masques propres, conformes et les changer souvent. Nous souhaitons que des sanitaires mobiles soient installés partout où ils sont trop vétustes ou en nombre insuffisant, car les gestes barrières sont encore ce qu’il y a de plus efficace pour limiter la contagion. Quant aux capteurs de CO2 ou purificateurs d’air, nous demandons au gouvernement de prendre en charge finan- cièrement l’installation de ces appareils partout où les collectivités locales le demandent. Pour finir, les parents ne veulent pas que leurs en- fants, s’ils ne sont pas malades, soient renvoyés chez eux, surtout pour suivre une pseudo-conti- nuité pédagogique inefficace : il nous semble plus pertinent d’isoler les classes plutôt que les enfants. Ainsi, quand un enfant est déclaré malade, il est possible de maintenir une classe à l’écart des autres (avec des horaires différenciés pour les entrées et les sorties, des déjeuners en salle de classe, etc.) ou d’ouvrir des classes dans des lieux tiers (salles communales, salles de spectacle, etc.) tout en testant quotidiennement les élèves ayant été au contact du malade. Alors, on pourra préserver l’école « en présence », laisser les enfants avec leurs camarades et leur enseignant, et permettre ainsi une véritable continuité pédagogique.

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