Difficile de dire quelle doit être l’école de 2030 parce qu’il est bien difficile de savoir ce que sera l’état du monde et de la planète en 2030.

Face à ce constat, la réponse de Greta Thumberg est « l’école ne sert à rien ». La réponse de nombreux adultes se limite à attaquer sa légitimité ou encore de considérer, comme le dénoncerait le Petit Prince, qu’elle est bien trop jeune pour l’ouvrir et de lui enjoindre de ne pas s’occuper d’affaires bien trop sérieuses pour une jeune fille de son âge.

Rendons-nous à l’évidence, pour construire l’école de 2030, nous sommes dans une impasse de sens, doublée d’une impasse de dialogue intergénérationnel. Nous avons tous des réponses toutes faites, construites par nos propres années scolaires, nos vécus et nos impensés, mais à bien y regarder, pour qui est faite l’école ? Pour les enfants ou pour les adultes?

Les débats actuels interrogent sur les objectifs assignés à l’école. Est-elle faite pour rassurer les parents que sont maintenues inchangées les salles de classes, que les rythmes scolaires arrangent tout le monde sauf les enfants, qu’on garde un système de notation subjectif et inefficace, qu’est maintenue la prédominance de l’académisme, qu’on renforce l’ élitisme scolaire réforme après réforme, qu’on veut détecter les enfants dès le plus jeunes âge ? On le voit bien, notre monde s’effondre, qu’en sera-t-il du leur?

Manifestement il faut une autre école.

Alors il y a des réponse ponctuelles et contextuelles: mettre à la disposition des toilettes dignes de ce nom et permettre d’y accéder en fonction des besoins et pas d’un règlement intérieur. Donner des cours de droits dès le plus jeune âge pour apprendre que si la transgression à la loi entraine une sanction elle est aussi et surtout là pour protéger les citoyens, ouvrir les cantines gratuites pour garantir le droit commun à tous les enfants car il n’y aucune raison que l’accès à l’alimentation et au vivre ensemble soit soumis au choix idéologique de collectivités ou à la vision charitable de celles et ceux qui définissent les critères des aides sociales, ou encore imposer le remplacement des enseignants absents, … autant de mesures réalisables aujourd’hui pour améliorer les choses du quotidien et qui auraient dues être réglées au siècle passé. Mais autant de choses qui, si elles sont indispensables, ne répondent plus aux questions de fond du siècle nouveau.

Pour le long terme l’école doit répondre aux enjeux du changement climatique et du developement durable autrement qu’à travers le seul prisme du bâti et de l’empreinte carbone. L’école doit répondre à la place que doit prendre le numérique qui, si nous n’y prenons pas garde, obligera nos enfants à accepter l’ubérisation des rapports humains et la prolétarisation du monde enseignant. L’école du XXe siècle aura préparé les générations précédentes à s’insérer dans l’âge d’or du travail a la chaîne. Faisons en sorte que la révolution numérique soit un facteur d’émancipation de l’individu et producteur de lien humain à l’échelle du monde.

Nous avons besoin d’une autre école. Une école qui prépare les enfants à réfléchir et agir dans l’interdépendance vis-à-vis de tout ce qui est vivant et ce jusque dans l’assiette. Une école qui inscrive les enfants dans une interaction sociale et humaine à l’échelle de la planète. Il faut imaginer une école radicalement différente. Une école dans laquelle les enfants apprennent à connaître leur corps et à respecter celui des autres. Une école qui mette en place des méthodes d’interactions dans un cadre de recherche de consensus et de consentement. Une école qui apprenne l’encodage, cette langue universelle, comme on apprend le français. Une école qui apprenne à travailler et à entretenir les liens de solidarité entre pairs comme on enseigne les mathématiques, au même niveau d’importance. Le français, les maths ce n’est pas moins à valoriser que la façon dont on interagit les uns avec les autres. Cette école est une utopie mais nous avons la chance de pouvoir en faire une réfome pacifique et patiente en réponse à la violence de celle d’aujourd’hui. Pacifique et patiente car l’école est déjà de façon expérimentale ce nouveau lieu de l’apprentissage citoyen. L’école est devenue cette nouvelle agora de la République où l’on doit apprendre à sauver le futur.

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