Si la Convention des droits de l’enfant énonce bien l’obligation pour les Etats de protéger les mineurs de toute violence, elle ne détaille évidemment pas les moyens qui doivent être mis en place pour y parvenir. Ces dernières semaines, les médias se sont fait l’écho de dépôts de plaintes d’adultes dénonçant des actes d’agressions sexuelles commis lorsqu’ils étaient enfants, dans des familles « au-dessus de tout soupçon ». Et bien non, la réalité nous l’apprend une fois de plus, personne n’est à l’abri de ces violences intrafamiliales qui défraient les chroniques judiciaires depuis des lustres. Et, comme chaque fois, les responsables politiques y vont de leur « plus jamais ça ». Pourtant…

Cette fois-ci, comme à chaque fois, les moyens dont on prétend qu’ils permettront d’endiguer ces violences ne sont pas à la hauteur des ambitions proclamées. La détection des violences sexuelles intrafamiliales ne peut qu’être assurée par des professionnels. En effet, les enseignants, même s’ils sont à l’écoute de leurs élèves, ne sont pas, et ne peuvent pas, être formés au recueil de la parole de ces enfants violentés au sein de leur famille. C’est une tâche extrêmement compliquée, sensible, et seuls des personnels médicaux ou para-médicaux spécifiquement formés sont à même de mener à bien cette mission. On ne s’improvise pas pédopsychiatre. Alors même qu’il y a de moins en moins de médecins et infirmier.e.s au sein de l’Education nationale, il faut impérativement embaucher ces personnels pour qu’ils puissent aussi s’engager dans cette lutte. Nous voulons qu’à chaque étape importante de la vie scolaire des élèves, ils puissent, tous, être entendus par des spécialistes qui seront mieux à même de repérer les agressions qu’ils subissent chez eux. Ainsi, lors de leur entrée en CP, en 6e et en 2nde (ou équivalent), nous voulons que nos enfants puissent librement échanger avec des tiers, professionnels de santé, spécifiquement formés et embauchés par l’Education nationale. Préparer l’entretien de 12 millions d’élèves cela a un coût, mais la lutte contre les violences sexuelles ne peut se faire qu’à ce prix.

Quant à la prévention, qui doit se faire concomitamment à la détection, là encore le chantier est ouvert. Les enfants doivent être au cœur de ce processus. Ce sont eux qui doivent être prévenus, informés, formés, en toute clarté. A l’école. Car cet apprentissage doit se faire en dehors, ou en sus, du domicile familial. Il faut donc que dès leur plus jeune âge, dès la maternelle, les petits apprennent le droit des enfants afin qu’ils deviennent eux aussi des acteurs de leur propre protection. Ils doivent suivre pour cela des cours spécifiques adaptés à leur degré de maturité tout au long de leur scolarité. Quand un enfant sait avec certitude qu’aucun adulte n’a le droit de toucher à son sexe, il sera d’autant plus en capacité de dire non ou de dénoncer l’agression dont il est victime. Les enfants doivent aussi se défendre de leurs agresseurs en connaissant les attitudes à adopter lorsqu’ils se sentent en danger.

L’école est au centre de la lutte contre ces violences commises à l’encontre des jeunes dans l’intimité de leurs foyers. Les mesures qu’il faut mettre en place permettront non seulement de lutter contre les violences sexuelles mais aussi contre toute forme de maltraitance à l’encontre de ces enfants. Il est indispensable de débloquer des moyens très importants, encore plus en cette période de crise qui exacerbe les comportements violents. Il ne suffit pas de dire. Il ne suffit pas d’afficher de bonnes intentions. Il faut aussi et surtout que l’Etat sorte son carnet de chèque… pour nos enfants !

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