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L’Ecole de la République repose sur deux promesses. Celle de pouvoir accéder à l’élite de la Nation quelle que soit son origine sociale, et celle de bénéficier d’une formation permettant d’accéder à l’emploi. Mais les faits sont têtus. Depuis 1968, la représentativité des enfants issus des milieux populaires, urbains ou ruraux, n’a jamais été aussi basse dans les grandes écoles. De son côté, à l’image du reste de la société, plus de 30 % des jeunes de 18 à 25 ans sont au chômage, un chiffres bien plus élevé dans les cités de banlieue. Au-delà des chiffres, ces résultats sont le produit d’une Ecole qui s’est construire dans un rapport élitiste de l’instruction.

Illusion d’optique. L’Ecole au mérite illusionne des parents, obsédés par les bonnes notes, l’évitement scolaire, l’obtention des bonnes filières… Dans un déni auto-entretenu, teinté de bonne conscience républicaine, on tente de se convaincre du peu d’influence des réseaux personnels, de minimiser le poids de la maîtrise des bons codes vestimentaires et linguistiques, de ne pas tenir compte du faible impact du capital économique et culturel. Pourtant, devant l’échec manifeste de l’ascenseur social, il convient de s’interroger sur le fonctionnement qui, génération après génération, modèle les adultes en devenir à reproduire l’élitisme scolaire dans lequel leurs propres parents ont baigné avant eux.

La crise économique est passée par là et au lieu de trouver une issue collective, les replis sur soi assortis d’un certain darwinisme social tendent à faire peu de place aux initiatives et aux réussites collectives. Innover, coopérer, mutualiser, transmettre : l’Ecole, ce ne devrait pas être : tous pareil, mais : tous ensemble. Car nous avons besoin les uns des autres, sans parents pas d’enfants, sans enfants pas d’enseignants, etc. Les élèves ne sont pas des citoyens comme les autres, car en devenir. Et cet état de fait implique des objectifs partagés, dans lesquels les enfants puissent s’accomplir à leur rythme, dans le cadre de la co-responsabilité de tous les acteurs de la vie éducative.

Immobilisme. Alors, pour sélectionner, il faut un thermomètre pour mesurer cyniquement la température de l’échec, rarement celle des réussites. Et pour cause, il faut bien justifier le démérite des uns comme celui des autres (il y a toujours pire) à « ne pas réussir dans la vie ». Des notes qui déterminent la graduation entre les élèves du premier au dernier, démotivant au possible, aliénant l’effort émancipateur. Lundi, c’est jour de distribution des copies, du 20 au 0. Qui écouterai en dehors du cadre anxiogène imposé par l’exercice ? Qui écoute vraiment les corrections dispensées ? Pas celui qui a « tout bon », pas celui qui avec ou sans « avoir fait des efforts » aura échoué lamentablement. Le mal est fait, le système d’évaluation est à l’image de la société que l’on souhaite et celle-ci a échoué sur ses principes fondateurs. Il n’y a ni liberté, ni égalité, ni fraternité dans cette affaire.

Contrairement à la promesse républicaine, les dirigeants d’hier sont toujours ceux d’aujourd’hui et comme dirait La Fontaine « si ce n’est toi c’est donc ton frère », ton fils, ton ami, ou l’ami de ton ami. Il y aura toujours l’exemple qui confirmera la règle, on apprend bien le mythe de « la pomme de Rockefeller » de génération en génération.

Hypocrisie Les notes comme les écoles trient les élèves. Les résultats scolaires d’une académie à l’autre ne se valent pas. De façon globale, même à la française, la mixité sociale n’est qu’une vue de l’esprit. Rien d’étonnant que le système de notation traditionnel soit défendu par celles et ceux qui ont eu de bonnes notes, d’ailleurs pour que la reproduction sociale fonctionne, il faut bien des « chiens de garde » pour qu’elle soit admise par ceux qui ont échoué.

Et pourtant, ça ne tourne pas. Les notes sont soumises à la subjectivité des correcteurs. Les inégalités scolaires se creusent, le taux d’échec entre les deux premières années universitaires s’accentue, et la licence agit sur les bacheliers comme un tamis à très petits grains sur les aspirants à la « réussite scolaire ». Mensonge : un bac pro ne permet pas de faire du Droit, ici encore l’exception ne confirmera pas la règle.

Espoir. Aujourd’hui, on évalue les connaissances et les savoirs en maternelle et en primaire. C’est plus de travail paraît-il. Pourtant, il ne devrait pas s’agir de travailler plus mais de travailler autrement. Car si l’école de la méritocratie a échoué, celle de la coopération a tout pour réussir. Si les « bons élèves » sont ceux qui comprennent et assimilent en premier les connaissances et les savoirs dispensés par l’enseignant, nous devons pouvoir valoriser leur capacité à les retransmettre à leur camarade, chacun contribuant ainsi à tirer tout le monde vers le haut plutôt que d’en faire un moyen pour évincer les « nuls », ces « poids morts » qui empêcheraient le collectif d’avancer. L’Ecole, c’est posséder les outils pour comprendre le monde, à commencer par ses camarades de classe, son école, son territoire.

Evaluer le travail en groupe, penser avec ses camarades, demander de l’aide extérieure, résoudre les conflits. Autant de compétences indispensables pour la vie à l’Ecole et la réalisation de l’autonomie. A la honte et l’angoisse de la mauvaise note, notre société moderne a les moyens de répondre : « tout vient à point à qui sait apprendre ». Apprendre la responsabilité collective, exister par rapport à soi autant que par rapport aux autres. Car qu’est-ce qui est important ? Que son enfant sache marcher par lui-même ou qu’il marche avant les autres ? Doit-il dire papa ou maman en premier pour être « normal » ? Un bac pro ça rend moins heureux qu’un bac S quand on est grand ?

Aux nostalgiques des bonnets d’âne d’assumer l’immobilisme social et le déterminisme des filières scolaires. Peut-on échapper à sa condition ? Oui. L’Ecole d’aujourd’hui le permet-elle dans son fonctionnement ? Non. Mais une chose est sure, le monde a changé, il nous faut inventer l’école qui va avec.

L’Ecole est faite par ceux qui font les lois, ceux qui impulsent les réformes, ceux qui ont eu des bonnes notes à l’Ecole. On sait faire autrement, notre pays en a les moyens, mais en a-t-il la volonté ?

 

 

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