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Rodrigo Arenas, le responsable de la première association représentant les familles, la FCPE, dénonce des inégalités de traitement entre les élèves au lycée. Il appelle à une révolution numérique et écologique.

Plus de 12 millions d’élèves reprendront demain le chemin de l’école, du collège ou du lycée. Parmi les changements annoncés cette année : scolarité obligatoire dès trois ans, généralisation des CP et CE1 dédoublés en zone d’éducation prioritaire, plan contre les violences ou éco-délégués… Que pensent les parents de ces nouveautés ? Rodrigo Arenas, le président de la fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), répond au JDD et revient sur l’ambiance générale à la veille du jour J.
Comment s’annonce cette rentrée ?
Malgré les discours apaisants de Jean-Michel Blanquer, nous sentons une très grande inquiétude des parents, et beaucoup de découragement. Ils savent qu’ils ne sont pas à l’abri d’une grève, d’une énième réforme en cours d’année. Ils ont du mal à voir où va l’école et estiment que les moyens ne sont pas au rendez-vous. Et l’on voit se développer cette idée insidieuse que la seule façon de faire bouger les lignes, au fond c’est le rapport de force.
La crise du bac est-elle derrière nous ?
La page n’est pas tournée. D’une part, les enseignants mobilisés échappent aux syndicats. D’autre part, le passage en force du ministère face à la grève des correcteurs a laissé des traces. En juillet, plus de 20.000 élèves ou parents ont appelé notre numéro SOS Bac. Mais à notre connaissance, seuls 17 familles, capables de payer un avocat, ont porté plainte auprès du Conseil d’Etat _dont 14 dossiers jugés irrecevables ! On voit bien qu’en fonction du territoire où on habite, les enfants ne sont pas traités à la même enseigne. Cette inégalité finira par nous péter à la figure !
La réforme du lycée permet-elle de coller davantage aux envies des lycéens ?
Le ministre ment en prétendant cela. Cette réforme était censée avoir deux vertus : sortir des filières S, L et ES et faire en sorte que les maths cessent d’être une discipline sélective. En réalité, les élèves leur accordent toujours une place centrale. Et beaucoup n’ont pas eu les trois spécialités qu’ils souhaitaient. Idem pour les options. En Bretagne, par exemple, pour faire de l’Italien, il faut se tourner vers le privé ou le CNED. Surtout cette réforme renforce les inégalités : seules les familles bien informées savent quelles spécialités choisir pour accéder à telle formation du supérieur ; on organise le délit d’initiés !
Un comité de suivi permettra des aménagements…
La Fcpe demande à en faire partie. Les parents aujourd’hui ne sont pas les bienvenus à l’école. Il est temps que l’Education nationale fasse sa mue démocratique, que la co-éducation, inscrite dans la loi de 2013, ne reste pas un vain mot. Nous voulons par exemple que les spécialités soient accessibles à tous les élèves. L’enseignement « écologie-biologie », par exemple, ne doit pas être réservé aux lycées agricoles.
Dédoubler les classes de CP et CE1 dans les établissements les plus défavorisés, cela porte ses fruits ?
Les parents en sont très contents. Et c’est bien d’étendre ces dédoublements à la grande section de maternelle. Mais on ne peut pas parler de révolution. La France compte 23 élèves par enseignant en maternelle, contre 10 en Allemagne, 13 en Italie, 15 en Espagne et en Belgique. Nous ne faisons que rattraper notre retard.
Et pour l’école primaire, les parents apprécient-ils le retour aux fondamentaux ?
Apprendre à lire, écrire et compter, c’est bien. Mais pour « respecter autrui », la quatrième priorité du ministère, nous proposons d’enseigner le droit de la maternelle au lycée, de façon adaptée selon les âges. Nous appelons aussi à une révolution digitale. Le ministère se vante d’avoir formé 2.000 profs à l’enseignement de l’informatique et créer un nouvel enseignement « sciences numérique et technologique » au lycée. Mais en Estonie, on apprend à coder dès l’école primaire, en Grande-Bretagne, dès cinq ans… Il faut commencer beaucoup plus tôt.
Que pensez-vous des mesures contre les violences à l’école annoncées mardi ?
Nous sommes satisfaits : en écartant la suppression des allocations familiales pour les parents jugés défaillants, le ministre n’a pas franchi la ligne rouge. Malgré tout, il va trop loin. Permettre au rectorat de placer un élève perturbateur en classe relais sans l’accord de sa famille nous semble illégal. Seul le juge devrait pouvoir prendre cette décision. Nous allons voir si on peut attaquer la circulaire. La FCPE, elle, pense qu’il faut mettre davantage de moyens humains. Au lieu de consacrer 1.5 milliard d’euros à un Service National Universel (SNU) généralisé, embauchons des psychologues ou des éducateurs spécialisés.
Avec 250.000 lycéens éco-délégués, l’école ambitionne d’être à l’avant-poste de la transition écologique…
Si le ministre veut jouer le VRP de ce qui existe déjà _ les potagers, les ruches, les éco-délégués…_, pas de souci. Malheureusement, c’est bidon. Adapter le bâti scolaire aux épisodes de canicule, par exemple, est laissé à l’initiative des collectivités locales alors qu’on sait qu’elles n’ont pas les moyens de le faire. Nous, nous cherchons des députés courageux pour défendre la création d’un congé canicule. Et nous estimons que l’écologie doit être enseignée comme une discipline à part entière, et non dépendre de la bienveillance de quelques profs militants. Pour l’instant, nous sommes très loin d’un big bang environnemental à l’école !
Vous avez des propositions en matière de cantine scolaire…
Aujourd’hui, on sait que manger beaucoup de viande accélère le réchauffement climatique. Cet été, nous avons écrit à tous les maires de France pour leur rappeler que la loi Egalim, votée en octobre dernier, les obligeait à proposer au moins un menu végétarien par semaine à partir de novembre dans le cadre d’une expérimentation de deux ans. Avec Greenpeace, l’association végétarienne de France et L214, nous travaillons maintenant à un label pour promouvoir les menus respectant quatre critères : zéro pesticide, zéro plastique, zéro souffrance animale et 100% bio. Mais pour avancer vraiment, il est temps que l’Etat organise un Grenelle de la cantine.
Constate-t-on un réel changement pour les élèves handicapés ?
Ce qui change, c’est la simplification administrative, le fait de ne pas avoir à refaire chaque année un dossier pour prouver qu’un enfant est handicapé. Pour les parents, c’est un vrai soulagement. Le fait de reconnaître les élèves en situation de handicap tout en les laissant en classe banalisée constitue aussi un réel progrès. Mais selon les territoires, les moyens ne sont pas les mêmes. La distribution des aides devrait être gérée nationalement.
Désormais, tous les enfants doivent être scolarisés à partir de trois ans. C’est une bonne nouvelle ?
La FCPE était favorable à la scolarisation à trois ans, notamment en Guyane, à Mayotte et à la Réunion. Mais son financement nous pose problème : encore un cadeau fait aux écoles privées ! Quand les maires répondront qu’ils n’ont pas assez d’argent pour payer les Atsem, la rénovation des locaux ou les centres de loisirs municipaux alors qu’ils financent des maternelles privées, cela risque d’être compliqué. Le ministère va relancer la guerre scolaire.
Le calendrier des vacances, lui, ne change pas…
Aujourd’hui, la France fait subir à ses enfants des rythmes que les adultes eux-mêmes n’accepteraient pas. Il faudrait raccourcir les congés d’été, créer une seule zone de vacances en métropole, respecter l’alternance sept semaines d’école / deux semaines de repos et arrêter avec les quatre jours hebdomadaires contre-productifs pour les enfants. Il est urgent de rouvrir le dossier des rythmes scolaires.

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