La pandémie de la Covid 19 est une catastrophe sanitaire, sociale, économique et… scolaire. Nos enfants ont une fois encore effectuer une rentrée sous Covid, ajoutant de l’angoisse et de l’insécurité à un moment clé de l’existence des élèves, de la maternelle jusqu’au lycée. La Covid 19 aura démontré, s’il en était besoin, le rôle clé de l’Ecole dans l’apprentissage des jeunes : oui, les élèves ont besoin de se retrouver entre camarades, face à des enseignants, dans des locaux adaptés à leurs besoins. 

Si la pandémie est un désastre, elle aurait pu être pour l’Ecole l’occasion de créer un vrai « choc d’investissement », l’occasion d’en prendre soin, enfin. Rien, ou si peu, n’a été fait pour rénover des sanitaires inadaptés, voir insalubres, alors qu’ils sont le premier lieu de la lutte contre la contamination. La réduction des effectifs par classe n’a jamais été d’actualité, alors que cela aurait permis de limiter la contagion à l’Ecole plutôt que de renvoyer des demi-classes à la maison en pariant sur le dédoublement du travail des enseignants. La refonte des programmes pour mieux s’adapter aux besoins essentiels d’apprentissage des enfants a été oubliée par le gouvernement, obligeant les enseignants à se débrouiller pour limiter la casse sans évidemment y parvenir totalement. L’ouverture de tiers lieux pour faire la classe n’a jamais été systématisée, pourtant cela aurait non seulement permis de ne pas interrompre les cours en « face à face » entre la classe et l’enseignant, mais aussi d’ouvrir l’Ecole sur le monde et de mener des expériences pédagogiques enrichissantes. 

Ce manque d’ambition pour l’Ecole a désormais pour corolaire la hausse des inégalités : près d’un million d’élèves ont décroché durant le premier confinement (étude de la Direction de l’évaluation (Depp) du ministère de l’Éducation nationale), et l’on ne sait toujours pas ce que le gouvernement a mis en œuvre pour rattraper ces élèves, davantage issus des classes sociales les plus précaires (Etudes Sapris et EpiCOV). Ce sont en particulier les femmes qui élèvent seules leurs enfants qui ont été frappées par la crise : et aujourd’hui, une fois encore, ce sont elles qui devront payer le prix fort d’un protocole scolaire inadapté. Que feront-elles lorsque leur enfant sera renvoyé chez lui dès qu’un nombre d’élève lambda sera malade dans sa classe et que le sien ne l’est pas ? Comment les parents pourront-ils, une fois encore, s’organiser pour faire face à cette désorganisation scolaire qui non seulement impacte leur travail mais aussi les apprentissages de leur enfant ? 

L’école n’est pas une garderie. Avoir laissé les portes des écoles ouvertes sans y avoir investi pour prendre soin des enfants ne masquera pas bien longtemps l’impact négatif de la pandémie sur les apprentissages et la santé physique et psychologique de nos enfants. L’Ecole est au cœur de la République parce que nous y allons toutes et tous. C’est autour d’elle que s’organise et s’apprend la vie en collectivité, c’est donc elle qui doit être au cœur de nos préoccupations. Le « quoi qu’il en coûte » qui aura esquivé l’école est un mauvais pari pour la France. 

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