La cantine doit être gratuite parce que c’est une condition indispensable pour l’accès des enfants et des jeunes à un repas équilibré. La philosophie nourrit l’esprit, mais comme dirait l’autre, ventre vide n’a point d’oreille. Bien manger c’est aussi une condition pour une bonne scolarité et cette scolarité doit être gratuite, comme le dit le droit. Je laisse les esprits procéduriers me répondre que c’est l’instruction qui est gratuite et pas l’éducation. Belle punchline datant de 1883. Je répondrai avec une punchline made in 2020, que le ministère de l’Instruction nationale s’appelle aujourd’hui ministère de l’Education nationale, circulez y’a plus rien à voir. Le quotient, ou comme on dit en langage techno, « taux d’effort », j’y suis favorable. Ça tombe bien, ça s’appelle… les impôts. L’enjeu ne consiste donc pas à faire payer la cantine aux parents 2 fois, mais de redistribuer les impôts autrement. C’est l’objet des délibérations des communes, des départements, des Régions et surtout de l’Etat. Surtout, bien manger, voir manger tout court, c’est un enjeu à l’échelle de la planète. Mais faisons simple, restons en France.

Tout le monde s’occupe de la cantine, et personne ne fait comme son voisin. Dans les faits, la cantine est devenue un « argument de vente » pour les élus pour justifier leur bilan et attirer de nouveaux habitants. Dans les faits, la cantine payante est un frein à la mixité.

  • 1re raison : Partout où le quotient familial est mis en place il ne règle pas la question de l’accès des enfants des familles les plus précaires, pire, ce sont dans les quartiers pauvres que les enfants vont le moins à la cantine. 
  • 2e raison : C’est pour les classes les plus pauvres et pour les classes moyennes que le taux d’effort est le plus important. Et dans le cas des fratries, c’est un poids dans le budget qui est devenu intenable, obligeant les parents à réduire l’accès à d’autres besoins éducatifs comme l’accès à la culture, le sport ou encore les vacances.
  • 3e raison : En dehors de la salle de classe, la cantine est le seul lieu et le seul moment pendant lequel tous les enfants et les jeunes peuvent faire société librement.
  • 4e raison : Demander à l’administration d’établir des quittances de cantine pour 15 cents ou 1 euro le repas c’est non seulement obscène d’un point de vue éthique, mais c’est doublé d’une vision paternaliste des parents qui seraient irresponsables et à qui il faudrait apprendre que rien n’est gratuit. Pire, c’est aussi une vision des parents pauvres à qui il faut imposer un tarif minimal parce que sinon ils iraient « picoler ou jouer au PMU » plutôt que de nourrir leur enfant. C’est une vision très cléricale des adultes. C’est aussi un temps de travail devenu inutile pour les fonctionnaires qui font les factures et un surcoût par rapport à l’effet escompté et le différentiel entre le temps consacré au recencesement de la présence de l’enfant, l’édition de la facture, le coût de l’envoi (même par mail) et le tarif demandé aux parents.
  • 5e raison : L’essentiel des aides sociales pour les « pauvres » sont subjectives et discrétionnaires en fonction des critères des différentes collectivités qui les pratiquent, ce qui en vient à « choisir ses pauvres ». Le droit commun est un facteur d’égalité entre les citoyens et un gage d’égalité de traitement par le service public.

    Mais surtout la cantine doit être gratuite parce que manger correctement et ensemble est un signe d’amour envers nos enfants, une façon symbolique de leur montrer que notre pays prend soin d’eux. Dans la Nation de la « bouffe » et des grands chefs étoilés, manger ne devrait pas être conditionné à un droit d’accès. Je suis définitivement « esprit Coluche » sur cette question. Les Municipales arrivent à grands pas, exigeons une cantine digne de nos enfants et inscrite dans le temps présent.

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